Il y environ deux ans, une jeune femme m’a confié la défense de ses intérêts alors qu'elle venait de sortir de l'hôpital.

Elle m'expliquait que son concubin avec qui elle avait eu une violente altercation avait dans un premier temps saisi un tournevis et lui avait asséné un premier coup, puis s'était dessaisi de cet outil, s'était emparé d'un couteau, lui avait porté 14 coups de couteau dont la plupart au torse.

L'un des coups de couteau avait notamment atteint le cœur, mais fort heureusement pour elle ne l'avait pas traversé de sorte qu’une suture avait été réalisé en catastrophe et cette femme sauvée in extremis.

Après avoir pris la fuite, son concubin avait finalement été interpellé par les services de police. Il était mis en examen pour tentative de meurtre et écroué à la maison d'arrêt.

Dans le cadre de sa mise en examen il faisait l'objet d'expertises  psychologique et psychiatrique. Les experts s'accordaient tous à expliquer que son discernement était vraisemblablement altéré, notamment par sa folle jalousie et son incapacité à rationaliser ses pulsions.

C'est dans ces conditions que ce dossier faisait finalement l'objet d'une correctionnalisation, et était renvoyé devant le tribunal correctionnel où il lui était reproché en définitive des  violences volontaires avec arme, en état de récidive pour avoir déjà été condamné en 2008 pour des faits similaires.

Je me suis battu contre cette correctionnalisation et j'ai souhaité que ce dossier soit renvoyé devant la cour d'assises. Le juge d'instruction a, lui, considéré qu'à partir du moment où le discernement de la personne était altérée, il était dans l'incapacité de rationaliser en quelque sorte une intention homicide.

Je pense que ce débat aurait dû se tenir devant la cour d'assises où l'ensemble des intervenants et notamment les psychologues et psychiatres qui ont été amenées à rencontrer cette personne auraient pu venir s'exprimer et  répondre à l'ensemble des questions qui leur auraient été posées.

Nous allons finalement nous retrouver devant le tribunal correctionnel ou, quelle que soit la bonne volonté des magistrats qui tiendront l’audience, il ne sera pas possible de rentrer dans le détail de la personnalité de ce garçon, pas plus qu’il ne sera possible d'interroger les psychologues et  psychiatres qui ont eu à l’examiner.

C'est d'autant plus navrant que le comportement a posteriori de cet homme pose question sur son absence de discernement.

 En effet, une fois les coups portés, il va s'enfuir, se changer, brûler les vêtements qu'il portait au moment de l'agression, voler un véhicule, et prendre la fuite.

Pour quelqu'un qui n'a pas tout à fait conscience de ce qu'il vient de commettre on comprend mal ce luxe de précautions.

Surtout, il semble que pour pouvoir rationaliser  sa fuite d'une telle manière, encore fallait-il qu'il ait pleinement conscience des actes qu'il venait de commettre.

Cela ne changera rien à l'indemnisation du préjudice subi par ma cliente. Que ce soit devant  la cour d'assises ou devant le tribunal correctionnel, l'importance de ses blessures et du traumatisme psychologique qu'elle a subit depuis les faits sera indemnisé rigoureusement de la même manière.

Le fait pour elle d'avoir compris que son concubin, qui a tenté de la tuer, n'est pas poursuivi pour ces faits mais simplement pour avoir été violent vis-à-vis d'elle est un concept qu'elle a du mal à appréhender. Moi aussi.

Ce dossier pose une fois encore la question de la justice et de la psychiatrie.

Pour les victimes de tels faits, quelle que soit la conscience de l'auteur, elle n'en reste pas moins victime et ne comprenne pas qu'on puisse échapper à un jugement qu'elles attendent comme un élément essentiel de leur reconstruction.


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