L’audience commence vers 9 heures, par l’arrivée des magistrats.

 

La cour est composée d'une présidente et de deux juges assesseurs hommes.

 

Depuis la dernière réforme de la cour d'assises, il n'est plus tiré en première instance que six jurés qui complètent la cour.

 

Et bien pour la première fois en 24 années de carrière, ce sont six jurés femmes qui ont été tirés au sort. Même le juré supplémentaire qui été designé pour compléter la cour en cas de défaillance d'un des six premiers jurés est elle aussi une femme !

 

Pour ce qui me concerne, je n'en tire aucune conséquence. Je n'ai jamais considéré qu'un sexe été plus laxiste ou plus répressif que l’ autre.

 

Comme à l'accoutumée, l'audience commence par l'étude de la personnalité de l'accusé. Celui-ci est défendu par deux avocats d'Aix-en-Provence, expérimentés, et que je connais bien.

 

Je suis venu à l'audience accompagnée de la maman de cette petite fille que nous appellerons Morgane pour les besoins de ce récit. Une jeune consœur qui vient juste d'accoucher est à mes côtés et assiste à l'audience les deux parents de la victime, sa sœur, mais aussi celle qui était la compagne de la victime au moment des faits, tout en étant la mére du fils de l’accusé avec qui elle a vécu.(ouf !!!)

 

La personnalité de l'accusé est abordée au travers d'une enquête de personnalité qui est réalisée par un professionnel, qui permet de retracer sa vie de sa naissance, jusqu'au jour où il comparaît dans le box des accusés. L'histoire de cet accusé a ceci d'original qu'il est né dans un petit village de Calabre où il a vécu toute son enfance et son adolescence. Il n'en est finalement parti que pour rejoindre cette jeune fille qu'il connaissait depuis sa plus tendre enfance, puisqu'elle passait toutes ses vacances dans ce petit village calabrais.

 

Mais cette étude est complétée par une expertise psychologique et une expertise psychiatrique de l'accusé.

 

Au travers de l'exposé de ces deux professionnels, on comprend, mais pourrait-il en être autrement, que la personnalité de l'accusé comporte des failles narcissiques importantes.

 

Le psychiatre conclura son exposé en indiquant que les traits de personnalité de l'accusé constituent des facteurs de risques, et de passage à l'acte.

 

Se succèdent ensuite à la barre  son oncle et sa tante qui l’ont accueilli à son arrivée en France et chez qui il a vécu. La cousine de l'accusé est ensuite entendue et par ce témoignage on aborde déjà un peu les faits.

 

En effet, cette jeune femme, au demeurant policière dans un aéroport de la cote d’azur, a été l'une des premières à être informée de ce que son cousin venait de commettre.

 

Puis viendront à la barre deux témoins directs des faits.

 

On se rappelle que la victime a été abattue alors que elle était dans son véhicule, arrêté un stop. Ces deux trentenaires sont venus montrer, l'émotion qui était encore la leur à l'évocation de faits pourtant anciens de trois ans.

 

Ils ont été choqués aussi par l'attitude de l'accusé qui a semblé d'un calme et d'une froideur à vous glacer le sang.

 

Ils expliqueront tous les deux comment ils ont vu cet homme s'approcher calmement en pointant son arme à hauteur de tête au travers de la vitre du véhicule fermé, et vider mécaniquement le chargeur de son revolver.

 

Sont ensuite appelées à la barre le médecin légiste et le balisticien qui ont été désignés dans le cadre de l'instruction, l'un pour pratiquer l’autopsie du corps de la victime, et l'autre pour examiner les projectiles qui avaient été retrouvé sur la scène de crime.

 

Les exposés d'autopsie à la barre une cour d'assises sont toujours particulièrement difficiles à entendre ; le vocabulaire est précis, cru, sans aucun sentiment.

 

 Le balisticien, lui, confirmera que l’arme ne pouvait être qu'un revolver, ce qui explique l'absence de douilles sur les lieux des faits.

 

La présidente, qui s'est déjà prise de bec avec les avocats de la défense à une ou deux reprises, prend la décision d'appeler à la barre la jeune femme qui se trouve au  centre de ce drame.

 

 Elle fera un récit d'une grande sincérité en expliquant que malgré tout ce qui a pu se passer, elle reste toujours attachée à l'accusé. Elle explique être attirée par lui. Elle suit, depuis une psychothérapie pour comprendre cette attitude. Devant une cour d’assises, et face aux parents de la victime, elle ne peut dissimuler le sentiment qui l’étreint encore, permettant d’entrevoir un caractère passionnel au geste et donc une peine plus clémente  pour la défense de cet accusé. Au lieu d’en rester là,l'un des avocats de la défense, se lèvera pour lui poser des questions ou plus exactement pour  réentendre les meilleurs morceaux de  ce que cette jeune femme vient de dire.

 

Au bout de quelques minutes, la présidente, manifestement agacée par la lenteur toute calculée et un poil théâtrale de mon confrère, lui demande de se presser un peu dans ces questions. L’avocat prend la mouche et explique que nul ne peut le restreindre dans l’exercice  de la défense d'un accusé et comme un seul homme, les deux avocats rangent leurs affaires, et quittent l'audience !

 

La présidente a suspendu l'audience jusqu'à demain matin.

 

La question que nous nous posons tous est de savoir si nous reverrons les avocats de la défense poursuivre leur mission demain matin. Car nul ne peut les y contraindre. Si tel est le cas, comme l'assistance d'un avocat devant une cour d'assises est obligatoire, la présidente devra alors commettre d'office un confrère du barreau d'Avignon.

 

Celui-ci ne pourra faire autrement que de demander le renvoi du dossier, pour permettre à l'accusé de bénéficier d'une défense homogène et ce dés le début du procès, qui , on l’a compris, recommencera depuis le début.

 

Le témoignage de cette jeune femme était tellement favorable à la défense, que ce serait desservir l'accusé que de ne pas revenir demain matin. Connaissant les deux confrères, je pense que l'un d'entre eux sera particulièrement difficile à convaincre. L’autre était déjà hésitant ce soir. C'est un avocat qui, je pense, à l'instinct des assises. Il ne peut pas ne pas avoir perçu ce moment si favorable à son client.

 

Je vous parie qu'il reviendra demain.

 

Je vous promets de vous tenir au courant des que je rentre de l'audience.


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