Pendant trois jours à compter de demain matin, je vais assister une petite fille de huit ans devant la cour d'assises de Vaucluse.

Un matin, son père est sorti de chez lui et est rentré dans sa voiture pour se rendre à son travail. Il n'y arrivera jamais. Il ne savait pas que l’ex- compagnon de la femme qui partageait sa vie l'attendait au bas de son immeuble. Au premier stop, l'homme qui le suivait en voiture est descendu de son véhicule et a vidé le chargeur de son revolver. Il est mort sur le coup.

La petite fille avait alors quatre ans. Lorsque l'on sait l'attachement qu'une petite fille de cet âge-là a vis-à-vis de son père, et le besoin qui est le sien de pouvoir se blottir dans ses bras, on imagine alors l'immensité de sa peine.

Mais cet enfant, comme de nombreux autres, me surprend par sa capacité de résilience. Même si, aux dires de sa mère, elle a parfois de grands moments de tristesse, elle vit sa vie de petite fille, essaye d'être comme ses semblables, celle qui le soir retrouve papa et maman à la maison, ou même celles qui une semaine sur deux vivent chez papa ou chez maman.

D'ailleurs, lorsqu'elle va rendre visite à une de ces petites copines  dont c'est le cas, elle demande toujours à sa mère de pouvoir elle aussi rester pour le week-end, comme le font d'autres copines à elle.

C'est dans ce besoin d'être comme les autres qu'on mesure là aussi le désarroi de cet enfant.

. Elle a bien compris qu'elle ne pouvait pas s'identifier à ses copines dont  le papa et la maman vivaient sous le même toit. Elle essaye de le faire avec celles des amis qui vivent dans des familles monoparentales, qui ressemblent à la sienne, mais pour d'autres raisons.

Il est bien évident que je ne garderai pas à mes côtés pendant trois jours d'audience cette petite fille. Mais on lui a expliqué ce qui était  sur le point de se passer, et elle a souhaité être présente. Alors, avec sa maman, nous avons décidé qu'elle viendrait demain après-midi pour le premier jour d'audience passée quelques minutes dans cette salle. Elle en a le droit. Elle a le droit de voir qui lui a enlevé son papa. Elle a aussi le droit de faire face aux gens qui sont chargés de juger cet homme. Il serait anormal qu'ils n'aient pas au moins l'image de cet enfant qui n'aura plus de père, lorsqu'ils auront à juger son assassin.

J'ai toujours le même débat avec mes confrères à propos des avocats de partie civile dans les dossiers criminels. On me répète à l'envi que c'est sur la raison des jurés que l'on doit s'appuyer et non pas sur leur émotion. Je ne partage pas cette analyse. Je ne pense pas que la raison soit indissociable de l'émotion.

De plus, de nombreux procès ne posent aucune difficulté sur la culpabilité de l'accusé, et ce n'est certainement pas une vague d'émotion qui pourra emporter la conviction des jurés.

Ne pas leur faire part de l'émotion qui est celle d'une victime, au même titre qu'ils doivent ressentir de l'émotion à l'évocation du parcours de vie souvent chaotique et tragique de l'accusé, revient en quelque sorte à tronquer le procès.

C'est aussi considérer que les êtres humains que sont les jurés et la cour, doivent agir comme des machines et n'utiliser que des raisonnements logiques pour arriver à se forger une intime conviction. Je partage ce point de vue, sur le fait que c'est avec leur raison qu'ils doivent se forger une intime conviction sur la culpabilité ou l'absence de cette dernière. Mais pour constater l'étendue et l'ampleur des dégâts, il est normal qu'ils soient mis face à l'immensité de l'absence de celui qui ne sera plus jamais la.

Enfin, penser que les jurés peuvent se laisser berner par des vagues d'émotion sans que des éléments objectifs viennent asseoir la culpabilité d'un accusé, c'est certainement les prendre pour ce qu'ils ne sont pas.

Je me propose, comme j'ai déjà eu l'occasion de le faire, de vous rendre compte du déroulement de ce procès au jour le jour.

À demain !


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