J’ai gagné ! Ils sont revenus.

En fait les choses ne se sont pas passées aussi simplement.

Lorsque l'audience a repris ce matin à 9:00, le banc de la défense était vide. La présidente a donc pris la décision de suspendre l'audience et de délivrer une commission d'office non pas à un autre avocat mais à l'un de ceux qui avaient quitté hier soir le banc de la défense. Par ce moyen, elle oblige l'avocat à revenir, à tout le moins pour expliquer les raisons de son refus de poursuivre sa mission.

C'est d'ailleurs ce à quoi nous nous attendions lorsqu'elle a suspendu l'audience indiquant qu'elle reprendrait à 14:00.

À ma grande surprise, à 14:00, les deux avocats de la défense étaient présents, non pas pour s'expliquer sur leur refus de poursuivre leur mission, mais bien pour la reprendre…

Le père de la victime, qui était derrière moi, a eu une phrase très révélatrice :  « tout ça pour ça ! »

Très honnêtement, lorsqu’au matin nous ne les avons pas vus revenir, nous étions tous persuadés que le procès allait être renvoyé. Pour ma part, je m'étais totalement démobilisé et ne m'attendais plus du tout à plaider cette affaire.

Compte tenu de la reprise de l'audience et du peu de témoins restants, je savais qu'il me fallait plaider l'après-midi même.

Les trois enquêteurs se sont succédés à la barre de la cour d'assises pour expliquer quelle avait été  leur en fonction dans le cadre de cette enquête. Je n'écoute déjà plus. Je suis plongé dans mes notes, tentant de mettre en place la trame d'une plaidoirie. Il est toujours très compliqué de s'extraire dans ces conditions du contexte et de pouvoir suffisamment se concentrer pour tenter d'avoir un esprit de synthèse à peu près efficace.

Après les enquêteurs, la défense a souhaité bien évidemment que la jeune femme objet de toute leur attention revienne à nouveau à la barre de la cour d'assises. Mais la nuit avait fait son œuvre. Elle avait instinctivement compris qu'elle devenait un moyen de défense.

Elle a notamment expliqué que ce lien qui l’unissait encore à l'accusé était à ce point pathologique qu'elle poursuivait son analyse exclusivement pour comprendre son comportement et pouvoir s'en guérir. Ce fut aussi pour elle l'occasion de faire un parallèle entre le comportement de l'accusé et celui de la victime vis-à-vis d'elle. Je pense qu’en l’énonçant, elle a pris conscience du fait que les deux mois qu'elle avait pu passer avec la victime avait été les deux mois les plus heureux et les plus sereins de sa vie.

En bref, ce qui aurait dû être laissé en l'état la veille au soir par la défense, était devenu un élément qui leur était péjoratif.

Après une courte suspension d'audience, c'est ma jeune consœur qui a commencé à plaider pour les parties civiles qu'elle assistait. Puis, dans la foulée, je me suis levé pour tenter de porter la parole de la petite Morgane.

Il s'est agit pour moi, d'expliquer ce qu'était la vie de d'une petite fille de quatre ans et demi, entourés de l'amour de son papa et de sa maman, l’insouciance, les rires les parties de pêche, l’enfance quoi.

Puis j’ai décris ce qu'elle n'avait plus depuis le 2 décembre 2009, jour de la mort de son père.

Je n'ai pu m'empêcher, au début de mon propos, de citer un avocat célèbre en la personne de Me Fleuriot qui avait dit :

« la différence entre une pièce de théâtre et un procès de cour d'assises, c'est qu'à la fin, il y en a un qui ne rentre pas nécessairement chez lui. »

J'ai eu le sentiment que pour nombre de participants et de spectateurs de ce procès, le comportement des gens de robe s'est apparenté à une pantomime.

Je suis resté centré sur Morgane, ne parlant que d'elle et de ce qu'elle ressentait.

Bien m'en a pris, car derrière mon intervention, l'avocat général qui s'est levé a parfaitement rempli sa mission. II a été percutant, pas nécessairement objectif en permanence, ce qui est le propre de sa fonction accusatoire, mais à mon sens d'une grande efficacité. Il a expliqué le sens de ces réquisitions et a demandé que l'accusé soit condamné à 30 ans de réclusion criminelle.

L'audience a été suspendue jusqu'à demain matin pour les plaidoiries de la défense.

À demain.


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