Quelle journée !! elle était en quelque sorte entièrement consacrée à Sidonie. L'audience s'est ouverte avec l'audition de l'expert psychologue qui a vu Sidonie le jour de son retour, au commissariat. Elle parle d'une jeune fille totalement détachée, anesthésiée. Et ce n'est que dans le cadre de son exposé que ce qu'elle avait pris pour de l'indifférence qui ne correspondait pas au profil d'une victime de viol, lui apparaît comme le simple fait que Sidonie était toujours dans cette parenthèse psychotique déclenchée par les faits subis. L'indifférence n'était que sidération et mise à distance, comme seul moyen de protection. Suivra l'éducatrice qui a été en charge de la jeune fille juste aprés les faits, lorsqu'elle sera placée en urgence au foyer. Elle confirmera le traumatisme important, la tentative de suicide, tout ce qui signe son atteinte et qui ne peut se simuler. Le père et la mère seront ensuite entendus. On devrait toujours entendre les parents tant leur témoignage est toujours éclairant. Le père, un monstre d'égoïsme qui commence à se lamenter sur son sort lorsque la présidente lui demande de parler de sa fille. La mère sera d'une grande honnêteté sur ses propres carences et l'univers délétère dans lequel elle a fait évoluer ses enfants. Elle a su s'oublier pour parler de sa fille; Elle est une vraie mère, quelle qu'ait été ses erreurs. Puis c'est au tour de Sidonie de venir à la barre. Comme je le fais systématiquement depuis 23 ans d'exercice, je me lève pour l'accompagner. Elle parlera avec une grande sincérité, sans pouvoir revenir sur l'intégralité des faits, tant elle les a occulté pour ne pas mourir, continuer à avancer, comme elle dit. La présidente lui relira ses nombreuse déclarations pour qu'elle puisse les confirmer. Au fur et à mesure des lectures, je vois son petit rempart contre les souvenirs voler en éclats et son visage se décomposer. Elle revit son cauchemar, et cela ne peut avoir échappé à la Cour et aux jurés. La souffrance psychique  ne se simule pas, elle vous envahit. Aprés plus de deux heurs d'audition, la présidente fait intervenir le second expert psychologue avant que les questions ne soient posées à Sidonie.Celle ci va dresser de la victime un portrait qui ne fait aucun doute: Un an après les faits, elle vit toujours dans une souffrance traumatique extrême, qui ne peut que corroborer les dires de celle ci. Elle explique aussi que c'est la régression qu'elle a subi au moment des faits qui ne lui permettait plus de s'enfuir, même si elle en avait eu plusieurs fois l'occasion. Mais Sidonie est déjà ailleurs, épuisée par la réminiscence de son calvaire, enfermée dans sa bulle. Lorsque la parole lui est à nouveau donnée, elle ne peut répondre aux questions; elle explique qu'elle est terrorisée, épuisée et qu'elle ne se rappelle plus de rien. Je crois au contraire qu'elle se rappelle trop, tout d'un coup, au delà de ses forces. Demain, dernier jour de débat avant la phase des plaidoiries. A demain


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