Il y a quelques mois de cela, une femme m'a contacté et m'a raconté l'histoire de son fils.Celui-ci venait d'être condamné à 18 ans de réclusion criminelle par la cour d'assises de Perpignan.Il lui était reproché d'avoir porté plusieurs coups de couteau au petit copain de son ex fiancée, d'avec qui il était séparé depuis quelques semaines. 

Je demandais immédiatement des nouvelles de sa victime et la mère me rassura en indiquant que cette dernière s'en était sortie et qu'elle n'avait quasiment plus de séquelles physiques.Par contre,il demeurait des séquelles psychologiques évidentes.Elle me demanda d'assister son fils.Je lui dis que je ne pourrais me prononcer que lorsque je l'aurais rencontré et que j'aurais eu accès à son dossier.  

J'allais, quelques jours plus tard, rendre visite à Raphaël qui était incarcéré à la maison d'arrêt de Béziers.Je tombais sur un jeune homme plutôt timide, réservé,qui semblait assez loin du monstre sanguinaire qui avait été si lourdement condamné sans avoir ôté la vie. 

Je lui demandais de me raconter en quelques mots à la fois les faits mais aussi un peu son parcours de vie.Jecompris de lui qu'il n'avait vécu avec ses parents, son frère et sa soeur que jusqu'à l'âge de neuf ans.Il avait ensuite été placé dans un foyer, puis dans un autre, et encore dans un autre, séparé de son frère et de sa soeur qui eux, compte tenu de leur jeune âge, avaient eu la chance de pouvoir être placé dans des familles d'accueil.Il semblait profondément regretter son geste.                                                                 

Je lui dis que j'étais d'accord pour le défendremais que je souhaitais pouvoir prendre connaissance de son dossier. Quelques jours plus tard,le dossier arrivait à mon cabinet et je fus sidéré d'y découvrir le parcours de Raphaël.

Il n'avait pas osé de dire que s'ils avaient été séparés  lui et ses frère et soeur de ses parents à l'ages de neuf ans, c'est que sa mère s'était immolée par le feu pour tenter d'échapper aux coûps de son mari.Je n'osais imaginer quelle avait été le calvaire de cette femme pour en arriver à un tel geste de désespoir. Fort heureusement, après plusieurs mois d'hôpital, elle s'en sortit. 

Les rapports permettaient de comprendre que Raphaël n'avait jamais ni compris ni accepté  que sa mère les ait abandonné tous les trois. Il se sentait tellement perdu qu'il partait parfois dans des crises de pseudo démence, crachant, éructant, hurlant, éclatant  d'un rire nerveux, témoignant physiquement de son mal-être profond.  

Sur l'insistance du juge pour enfants, la mère avait fini par récupérer ses enfants. Elle avait obtenu un logement social dans la pire cité de la banlieue de Grenoble. Raphaël  y trouva a exister auprès des bandes de quartiers. J'appris bien plus tard qu'il y avait connu le pire. Il avait été racketté, sa copine de l'époque était "passée par les caves". Déjà à l'age de 12 ans il était mentionné comme profondément manipulable et influençable. Cela ne s'était évidemment pas amélioré. Raphaël a même émis un moment  le souhait d'aller vivre chez son père. Les rapports mentionnent que celui-ci avait finalement accepté pour ne pas le décevoir…                                                                                                                    

Mais le père avait vite renoncé, accusant Raphaël de mettre en péril ce le couple qu'il formait avec sa nouvelle compagne. Il était alors retourné chez sa mère qui entre temps avait déménagé à Gap. C'est de la bouche de sa mère que j'ai appris que ses anciennes connaissances de quartier n'hésitaient pas monter les week-ends de Grenoble à Gap pour continuer à se servir de lui.  

Il avait, au milieu de ce tumulte, fait la rencontre d'une fille qui était tombée enceinte de ses oeuvres. Malheureusement, cette dernière, rattrapée par son passé, fut incarcérée alors qu'elle était enceinte. Elle ne fut libérée qu'un mois avant son accouchement. Elle sombra alors dans l'alcool et la drogue et l'enfant lui fut retirée. De son côté, Raphaël se dirigea vers Perpignan ou une partie de sa famille était installée.

C'est là qu'il a rencontré Florence, une très jolie jeune fille qui travaillait aux douanes. Une histoire commence à se nouer entre eux mais cette fois-ci ce fut Raphaël qui fut incarcéré car il avait été condamné à quelques mois de prison pour avoir commis auparavant un cambriolage.                                                                                                                                  

Florence le soutint, lui rendant visite régulièrement à la maison d'arrêt. C'était la première fois que quelqu'un s'occupait de Raphaël. Lorsqu'il sortit de détention, il s'installa avec Florence. Tout le monde s'accorde à dire qu'il avait changé. L'un de ses frères avait ouvert une entreprise de maçonnerie  et il embaucha Raphaël. Tout le monde ne faisait que des éloges sur lui. Malheureusement, la société tomba en faillite et Raphaël fut licenciée. Il multiplia les missions en intérim, mais il finit par se décourager. Raphaël finit par récupérer sa fille dont Florence  s'occupa comme si elle en était la mère. 

La famille de Florence accepta totalement Raphaël et la mère de Florence fut pour Raphaël une véritable mère.   Raphaël découvrait ce qu'était une famille, une fête de Noël, une mère qui vous parle pour vous faire la morale, des gens qui s'intéressent aux autres.                                                                                                                                                  

Au mois de juin 2008, c'est lui qui dira à Florence de retourner chez ses parents, peut-être pour ne pas qu'elle le quitte. Ils se revirent après cette rupture et eurent même une relation sexuelle. Raphaël avait compris du discours de Florence que s'il changeait, s'il se remettait à travailler régulièrement, alors la relation pourrait repartir.                                                  

C'est pour cela que, lorsqu'il alla rendre visite dans le courant du mois de juillet à Florence chez ses parents, il s'étonna d'y voir un véhicule immatriculé en Espagne. Florence le rassura en lui apprenant qu'il s'agissait du véhicule de l'un de ses cousins. Il repartit rassuré.

La nuit ne fut pas bonne conseillère et au matin il retourna chez les parents de Florence afin d'en avoir le coeur net. Là il tomba sur le petit-neveu de Florence à qui il demanda à qui était la voiture. Celui-ci lui répondit tout simplement que c'était au nouveau petit copain de Florence… Florence arriva sur ces entrefaites et une fois encore lui dit que les enfants racontaient n'importent quoi et qu'il s'agissait bien de son cousin.

Il repartit pour retrouver l'un de ses frères avec qui il travaillait depuis déjà quelques semaines. À l'heure du déjeuner, alors qu'il était chez son frère, il téléphona à la mère de Florence pour lui poser la question. Celle-ci lui confirma ce qu'il redoutait. Mais là encore il n'en croyait pas ses oreilles.

Il décida de prendre la voiture pour aller voir Florence. La vie se joue parfois en quelques secondes. Lorsqu'il passa le coin de la rue il trouva Florence et ce jeune espagnol enlacés, s'embrassant pour se dire au revoir; le moteur de la voiture était déjà en marche.

Sa bouche était prise et ne pouvait plus le rassurer. Il retourna à sa voiture comme un zombie et au moment d'y pénétrer, remarque le couteau de chasse qu'il avait glissée sous le siège au moment de son déménagement. Il s'empare du couteau et retourne sur le couple. En hurlant, il portera six coups de couteau à ce pauvre jeune homme qui n'avait rien demandé. La victime réussit à s'enfuir et Raphaël lui emboîte le pas. Elle se réfugie à l'intérieur d'une maison et lorsque Raphaël découvre la flaque de sang sur le seuil de la porte, il réalise alors son geste.                                                         

Il tombe à genoux et s'effondre en larmes. La mère de Florence sort alors de chez elle et Raphaël lui tombe dans les bras en lui demandant pardon. Il reste prostré, hébété, vidé. Lorsque la voiture de gendarmerie arrivera, il  montera de lui-même à l'intérieur sans un mot.                                                                                                                                         

Cette affaire vient d'être jugée par la cour d'assises d'appel de Montpellier.

Raphaël a eu la chance de tomber sur un président qui a su le mettre en confiance et qui lui a permis de continuer le travail qu'il avait engagé depuis plus de deux ans et demi avec un psychologue en maison d'arrêt.

Tant l'avocat de la partie civile, que l'avocat général ont dans leur propos tenu compte du changement radical qu'ils avaient constaté chez Raphaël. L'avocat général a requis une peine de 12 ans de réclusion criminelle.

Lorsque ce fut  mon tour de prendre la parole, une grande partie du travail avait déjà été fait.

J'ai dit à la Cour et aux jurés ce que je vous ai expliqué. En parlant de Raphaël et de ce qu'il avait eu pour se construire, j'ai aussi dit tout ce qu'il n'avait pas eu. Les câlins, les baisers, les moments de tendresse qui rassure un enfant qui en a besoin en permanence. Je leur ai dit que j'étais fier de lui et du travail qu'il avait accompli.                                                    

La cour d'assises de Montpellier a cru Raphaël puisqu'il a été condamné à 12 ans de réclusion criminelle.                  

C'est lorsqu'un verdict apaise toutes les parties que l'on peut dire qu'il est juste. C'est ce que je viens de vivre, j'en suis heureux pour Raphaël et pour la justice de mon pays.


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