Je vais défendre les six et sept février prochain un jeune homme devant la cour d'assises des mineurs de Nîmes.

Il lui est reproché d'avoir commis avec son cousin un vol avec arme dans une épicerie de nuit à Alès.

Les faits sont devenus malheureusement aujourd'hui relativement classiques si ce n'est que dans le cadre de cette affaire,  l'épicier a été frappé avec violence car, semble-t-il, il a  tenté de résister fort légitimement au vol dont il était victime et notamment à celui de son véhicule que les malfaiteurs ont emporté.

La plupart de ces dossiers pour être parfaitement honnête sont en général ce que l'on appelle correctionnalisés. Cela signifie que les faits sont considérés comme étant des faits de vol avec violence avec menaces ou usage d'une arme et non pas des vols avec armes qui sont des faits criminels qui sont punis de 20 ans de réclusion criminelle.

Si tous les vols à main armée étaient jugés par les cours d'assises, malheureusement, elle serait contrainte de  siéger quasiment jour et nuit…

Mais ce n'est pas pour vous parler des encombrements de la justice française que j'ai eu envie de rédiger ces quelques lignes.

Ce qui m'a frappé dans cette affaire c'est la personnalité si particulière du jeune garçon que je suis amené aujourd'hui à défendre.

 Ce garçon n'a pas connu son père. La seule chose qu’il a su de lui, c'est que cet homme avait été tué par les policiers alors qu'il était en train de commettre un cambriolage.

On se rend compte, au travers de l'étude de la personnalité de ce garçon, qu'il a en fait totalement fantasmé l'image de son père, le considérant comme une sorte de Robin des bois des temps modernes, alors qu'il n'en était manifestement rien.

Mais peut-être fallait-il mieux pour lui qu'il se remplisse de mensonges plutôt que de rester totalement vide.

Les faits ne posent aucune difficulté ; ils ont d'ailleurs été immédiatement reconnus par leurs auteurs.

 Je pense que cette audience sera intéressante quant à l'étude des personnalités, et notamment de la personnalité de ce garçon que je défends.

On ne nait pas tous sous une bonne étoile. Quel est, dans une situation comme celle qu’il a vécu, la marge de manœuvre qui est la sienne ?

Je ne vous ai, il est vrai, pas encore parlé de la mère et il serait légitime de votre part que vous posiez des questions sur cette dernière.

Je n'ai rien de particulier à dire si ce n'est de faire le constat, là encore, qu'elle a eu cet enfant  alors qu'elle était extrêmement jeune et qu'elle a fait comme elle a pu pour élever ce garçon, tenant compte de son immaturité.

Cela est tellement vrai que le dossier nous enseigne qu'à un moment donné, elle aura une aventure avec l'un des amis de son fils.

L'autre élément notable de cette histoire est que le garçon que je défends est en détention provisoire depuis maintenant plus de deux années.

J'ai pu mesurer le parcours que celui-ci avait pu accomplir sur le plan psychologique grâce à cette incarcération. En effet, cet emprisonnement lui a permis de se poser et de se questionner sur son avenir et sur les actes qu'il avait pu préalablement poser.

Si je devais résumer mon sentiment, j'ai été désigné pour défendre un sauvageon et je me retrouve aujourd'hui à accompagner un jeune homme réfléchi, qui a beaucoup mûri, et qui porte un regard extrêmement critique sur le comportement qui était le sien jusqu'alors.

J’ose espérer que la cour et les jurés seront sensibles à ce changement radical chez ce garçon, car il serait catastrophique pour lui d'être sanctionné en fonction de ce qui était sa personnalité au moment des faits, alors qu'il a manifestement beaucoup changé.

Je serais mon propre reporter et  je vous tiendrais informé du déroulement de ce procès et du verdict attendu.


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