Je savais que cette journée serait particulièrement éprouvante.

Elle a commencé  par la venue à la barre d'un expert en informatique qui a eu la mission d'examiner les ordinateurs de l'accusé.

Il y a bien évidemment retrouvé de multiples connexions auprès de sites d'échange à caractère exhibitionniste ou pédophile.

Et puis, comme cela était prévu, l'audition des victimes a commencé.

Il s'est agit tout d'abord d'entendre la maman de Pascal. Bien évidemment j'ai changé les prénoms de l'ensemble des enfants.

 Celle-ci est venue expliquer, chargée de toute la culpabilité qui était la sienne, à quel point elle avait été roulée dans la farine et mise en confiance par cet homme dont elle était à mille lieux de penser  qu'il pouvait représenter un danger pour son enfant.

 Puis, c’ était au tour de Pascal de venir témoigner à la barre. Je n'avais pas mesuré à quel point il était, à l'écoute du témoignage de sa mère, en quelque sorte monté en pression. La difficulté de ce dossier réside dans  la contrainte particulière qu’a mise en place l'accusé vis-à-vis des enfants.

 Il s'agirait de ce que l'on peut qualifier d'une contrainte affective.

C'est au chantage affectif et à l'apitoiement qu'il a fini par obtenir les faveurs des enfants. Sans aucune violence.

 C'est d'autant plus difficile à vivre pour ses derniers dont  le poids de culpabilité est immense. Alors qu'il avait déjà beaucoup de mal à s’exprimer, la présidente lui a posé une question qui a tout déclenché :

elle lui a demandé ce qui avait fait qu'à un moment donné il avait capitulé.

 J'ai vu le visage de Pascal se transformer et d'un coup il est totalement sortie de ses gonds, tournant les talons à la cour d'assises et s'en allant en vociférant. Je l'ai bien évidemment suivi pour tenter de le calmer. Je n'ai pu empêcher qu'à la sortie de la salle ils se frappent les poings contre les murs puis ensuite se donne des coups.

J'ai fini par réussir à le maîtriser et à le calmer.

Ce que je ne savais pas c'est que pendant ce temps, ses amis, qui étaient restés dans la salle pendant son témoignage sont venus, en quelque sorte, à l'assaut de l'accusé.

Ils ont tenté de l'atteindre et ont bien évidemment été empêché de le faire par les policiers qui étaient présents dans la salle. Le pire, c'est que les parents que j'avais pris soin d'évacuer de la salle avant le début du témoignage de Pascal, entendant des bruits à l'intérieur, sont rentrés dans la salle et se sont joints à la cohorte des jeunes.

 Quoi qu'il en soit, rien de grave ne s'est finalement passé si ce n'est que cet incident est la démonstration, si il en était besoin, de l'extraordinaire tension que vivent ces gens.

 De la difficulté qui est la leur à faire face aux mensonges et au mépris de l'accusé.

Voyant cela, la présidente a decidé de suspendre l'audience.

 J'ai récupéré l'ensemble des enfants victimes que j'ai amené déjeuner dans un endroit calme et tranquille où nous avons pu en quelque sorte débriefer l’incident et préparer l'après-midi.

Cet intermède a eu son effet puisqu’ à 14:00, l'audience a repris avec l'audition des autres enfants dans un huis clos total, ou même l'accusé avait été exclu des débats pour éviter tout incident.

 C'est la première fois de ma carrière que je vis une telle situation dans le sens où je n'avais jamais vu un accusé ne pas assister à une partie de son procès.

Ceci étant, et comme la loi le prévoit, la présidente a fidèlement rendu compte des déclarations des enfants à l’accusé lorsque celui-ci est revenu. Il a continué à reconnaître ce qu'il avait reconnu depuis le début de cette instruction est a malheureusement continué à nier une partie des faits qui lui sont reprochés.

Ceci étant, dans la mesure où les enfants y avaient été préparés, il n'y a plus eu de manifestation de mauvaise humeur ou de colère.

 Les parents se sont ensuite succédés à la barre pour expliquer leur désarroi, leur désespoir, le naufrage de leurs enfants et leurs dérives.

L'audience reprendra demain avec l'expert psychologue qui a eu l'avantage de rencontrer toutes les victimes mais aussi l'accusé.

L'audience se poursuivra par l'audition des dernières victimes de cet homme et la fin de l'instruction du dossier, les débats devant être en principe clos demain soir, pour que les plaidoiries puissent  intervenir dés jeudi matin.

À demain.


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