Mon métier à cet avantage extraordinaire de me permettre de rencontrer des gens qui, justement, sortent de l'ordinaire. C'est ainsi que j'ai eu l'occasion de rencontrer M. le premier juge d'instruction Thiel qui officie au palais de justice de Paris. Le moins que l'on puisse dire de cet homme, c'est qu'il ne mâche pas ses mots et qu'il est sans concession sur les convictions qui l' anime. Des que l'on rentre dans son bureau, le décor est mis. Lui qui est spécialiste des dossiers de terrorisme, notamment en Corse, boit son café dans un mug ciblé de la tête de maure. On retrouve affiché sur ses murs de très belles photos de cette île. Mais ce qui a immédiatement attiré mon attention n'avait rien à voir avec ses photographies. Sur un mur un dessin en papier A4 était punaisé. Au milieu, une caricature de Nicolas Sarkozy avec au-dessus la légende suivante : « 2009 : suppression des juges d'instruction. » La caricature de Nicolas Sarkozy disait : « à partir de maintenant, c'est moi qui donne les instructions ». Et au bas de cette page se trouvait l'inscription : Monsieur Thiel  vous souhaite malgré tout une excellente année 2009 ! Moi qui m'étais levé très tôt pour être à 10:00 dans le bureau de ce magistrat, je me suis dit que pour une fois je n'étais pas levé pour rien et que j'allais participer un moment d'anthologie. Je ne fut pas déçu. Il s'agissait d'une confrontation entre deux personnes à qui il était reproché d'avoir pour l'un dérobé un  bâton de dynamite sur un chantier en Corse et de l'avoir remis au second, et pour ce second de l'avoir vraisemblablement transmis à l'une des factions du front de libération nationale corse. Les 90 minutes que j'ai eu l'occasion de passer dans ce cabinet m'ont donné l'impression de me retrouver dans un film de Michel Audiard. Le juge n'avait de cesse d'utiliser un humour acide et décapant avec un vocabulaire qui lui est propre. À titre d'exemple et à un moment donné, l'un des deux mises en examen dira : « j'ai été con ». L'autre répliquera quelques secondes plus tard en indiquant : « j'ai été naïf ». Et le juge de lancer : « eh bien voilà, un naïf et un con, cela fait le cocktail ! » À la fin de l'instruction,il leur expliqua que n'ayant pas la preuve irréfutable qu'ils avaient eu conscience de participer à une entreprise terroriste, il allait rendre une ordonnance d'incompétence ce qui était chez lui un rare moment d'humilité. Je devais tellement rire derrière mon client, qu'à la fin de l'instruction, il m'a pris à part pour me faire savoir qu'il publiait un livre qui sortirait le 15 février. Il faut dire que je m'étais permis de lui demander s'il ne lui restait pas un de de ses dessins qu'il avait punaisé au mur. Il m'avait répondu que peut-être  il lui en restait un mais il en avait envoyé beaucoup et notamment au principal intéressé ainsi qu'à son garde des sceaux de l'époque. Ensuite il me fit savoir qu'il allait le 1er mars sortir une bande dessinée qui risquait de faire suffisamment de remous pour qu'il est besoin d'un avocat. Je lui fis immédiatement savoir que mon concours lui était totalement acquis. Il m'a montré la couverture en maquette de cette bande dessinée qui sortira le 1er mars et je dois vous avouer que je suis pas loin de partager son analyse. Plus sérieusement, quel plaisir de retrouver des esprits libres, des magistrats véritablement indépendants. Malheureusement, la liberté de pensée et l'indépendance d'esprit ne sont pas des notions qui s'acquièrent à l'école nationale de la magistrature. Ce sont des magistrats comme celui que j'ai eu l'honneur de rencontrer qui incarne l'indépendance de la justice. Vivement le 1er Mars !


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