Quelques jours après l'issue de ce procès, reste à savoir ce qu'il a pu apporter, en dehors de la décision de justice rendue.

Car, même si cette idée est contestée, un procès d'assises doit avoir des vertus pédagogiques. Pour remplir cet office, il suffit que la décision soit déjà comprise par l'ensemble des acteurs du procès. Lorsqu'un verdict est compris et accepté par l'accusé comme par les parties civiles et le ministère public, cela signifie que la justice qui a été rendue est bonne.

Je comprends que l'on puisse dire qu'un procès ne se tient pas pour soigner ou réparer une victime. Mais il n’en reste pas moins que ce procès s'inscrit dans un processus thérapeutique, comme un événement majeur vécu par la victime.

Même si Morgane n'a passé que quelques minutes dans cette salle d'audience, c'est image s'est inscrite dans sa mémoire. Cela permet en quelque sorte à Morgane, non plus d'avoir comme dernier souvenir de ce drame le départ de son papa, mais la punition de celui qui lui a ôté la vie.

 Je ne sais évidemment pas si cette image aura un intérêt ou une importance pour elle, mais ce que je sais c'est que si elle n'avait pas existé, la question ne se poserait même pas. Je n'ai absolument pas senti chez Morgane le moindre désarroi ou la moindre gêne lorsqu’elle était la, je pense plutôt que même si sa maman lui avait expliqué où elle se trouvait, elle ne l'a pas véritablement réalisée. C'est pour cela que je parle d'images et de mémoire et non pas de  raison ou de réflexion. Elle est trop petite pour cela.

Pour les parents de la victime, ce procès a eu de multiples vertus. L'impact d'un procès sur des parties civiles dépend du degré de cheminement qu'ils ont d'ores et déjà atteint par rapport au drame qu'ils ont pu vivre.

Pour eux, le cheminement était déjà important, mais il était encore freiné par l'immensité de leur douleur.

La première des vertus de ce procès pour eux aura consisté à leur permettre de fermer le livre judiciaire qui venait se superposer dans leur album de famille. On ne mesure pas la douleur que représente la lenteur de la procédure judiciaire sur des victimes de tels faits.

Ces gens n'étaient déjà pas dans la haine, et je pense que la tenue du procès leur aura permis de s'acheminer lentement vers le pardon.

 Il faut comprendre que dans ce cas de figure, le pardon devient finalement le seul moyen de pouvoir poursuivre son existence, sans qu'elle soit en permanence gangrénée par la haine et  la colère que suscitent une telle douleur

. À la fin du procès, une fois que le verdict a été rendu, j'ai vu le père de la victime s'avancer vers l'un des avocats de la défense. Il lui a fait savoir qu'il  ferait prochainement la demande pour être autorisé à rencontrer son client prison. Je pense que cet homme a besoin, pour en quelque sorte en terminer de cette histoire avec l'accusé, de lui expliquer ce qu'il a enlevé, ce qui aujourd'hui leur manque tant. C'est peut-être finalement un élément indispensable pour que l'accusé prenne conscience de l'ampleur des dégâts causés.

Mais encore une fois, le plus important est qu'il permet à ces gens d'aller mieux, eux qui n'avaient rien demandé, et qui ne méritaient pas cela.

Pour Morgane, seul l'avenir nous permettra de savoir si elle a bien fait de venir faire face à celui qui lui a causé tant de chagrin. Pour en avoir discuté avec certains membres de la cour, les jurés ont été sensibles au fait de pouvoir, mieux qu'avec une photo, faire la rencontre de cette petite fille.

Je vais maintenant pouvoir ranger  le dossier Morgane dans la boîte, non pas des dossiers classés, mais des enfants en cours de reconstruction.

J'espère pouvoir bientôt le classer dans la boîte des enfants réparés.

Ne cherchez pas ces boîtes, elles sont enfouies à l'intérieur de moi.


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