À la demande des parents des enfants dont j'ai assuré la défense, je retranscris ci-après des extraits de ma plaidoirie.

Il faut bien comprendre que la plaidoirie étant un exercice oral et quelle que soit la retranscription  écrite qui en est faite, elle ne peut pas être le reflet fidèle de ce qui a été plaidé.

 Quoi qu'il en soit, voilà ce qui a été dit dans la défense des intérêts de ses enfants.

 

« Nous partageons, ensemble, le triste privilège de connaître d'un procès incroyable.

Les affaires d'atteinte sexuelle sur mineur heurtent toujours notre entendement. Elle vienne bousculer nos certitudes, celles qui nous rassurent.

-Les adultes protègent les enfants,

- on n’abuse pas de la crédulité ou de l'affection d'un enfant,

-en gros, que l'homme est bon par nature.

La vérité vous tombe alors dessus, comme un couperet qui vient lacérer nos âmes, et bousculer notre sentiment de sécurité.

Ce procès est au-delà de tout cela.

Il confine à l'indicible.

Vous garderez toujours en mémoire ces quatre jours d'audience, et vous n'oublierez jamais Bruno Dul.

 

On a  l'habitude de dire  que pour déceler un  abuseur d'enfants, il faut pouvoir penser l'impensable.

Dans votre cas, il aurait fallu pouvoir discerner l’inimaginable.

Mon rôle, en qualité d'avocat de partie civile, est de faire en sorte que vous n'oubliez pas non plus, Jonathan, Sophiane, Paul, Yoann, Dylan, Rhudy, Peter, Thomas, jade, Cassandra, mais aussi bien sûrs tous les autres enfants.

Mais ils ne sont pas les seules victimes de l'accusé.

Rarement, j'aurais eu le sentiment que les parents ont été des victimes à part entières des agissements de l'accusé.

C'est le premier rempart auquel il s'est attaqué, méthodiquement, sans ne leur laisser aucune chance.

Je vous expliquerai ce que tous les enfants partagent, mais aussi ce qui fait leurs particularités.

Je vous dirai l'emprise que Dul a  réussi à exercer sur eux, rendant si simple la mise en place de cette insupportable contrainte affective à laquelle ses enfants n'ont pu que succomber.

Puisque l'accusé persiste à nier certains faits, nous nous poserons ensemble la question de savoir qui doit-on croire, puisqu'ils nous l'imposent.

 Puis je vous parlerai, et c'est primordial, de l'avenir que ses enfants sont en droit d'espérer, et en quoi votre verdict doit signer pour eux un nouveau départ, apaisé et serein.

Les premières victimes : les parents

Pour que tous ces gens aient pu voir leur méfiance anesthésiée, c'est qu'ils ont croisé la route d'un personnage hors normes.

La méthode Dul :

bien que rare, elle  n'est pas originale.

 Elle correspond au comportement des pervers pédophiles.

Elle provient de la structuration même de la personnalité de l'accusé.

Premièrement la victimisation

deuxièmement l'extraordinaire capacité au mensonge

troisièmement la manipulation :

Chaque personne est un pion sur l'échiquier de sa perversité.

Il peut séduire les mères si nécessaire, tromper les pères, se rendre indispensable aux yeux des enfants, quitte à les acheter, et il le fera, quitte à les apitoyer, et il en abusera.

À chacun de ces comportements déplacés, qui ont pu susciter la méfiance, il oppose une parade indiscutable.

Quatrièmement la culpabilité qu'il fait peser sur les enfants pendant les faits pendants l'enquête et pendant le procès.

Cinquièmement garder le contact en permanence afin de mieux asseoir son emprise.

La contrainte affective : c'est un triptyque : la séduction, la fascination, l'intimidation.

Un enfant, c'est comme de la pâte à modeler. Lorsque l'on devient son seul repère, on en fait ce que l'on veut. L'emprise exercée a été totale.

Une fois rendue totalement dépendants, les enfants ne peuvent s'opposer aux demandes, parfois teinté de chantage et de menaces, de ce pathétique Machiavel.

N'oubliez pas non plus que ce sont des enfants, que leurs connaissances en matière de sexualité est nulle. Certes, on leur apprend comment on fait des bébés mais pas ce que deux garçons peuvent faire ensemble. Ils ne comprennent pas  de quoi il parle, ils ne comprennent pas ce qu'il fait. Lorsqu'ils comprennent, c'est trop tard. »

J'explique ensuite dans le cours de ma plaidoirie quels sont les points communs de ses enfants et quelles sont leurs particularités.

« Qui doit-on croire ?

Doit-on croire la parole de Dul qui peut tout dire et son contraire ?

 La preuve en est que même lui ne s'y retrouve plus, reconnaissant des faits que certaines victimes dénies comme n'étant jamais arrivé.

 Doit-on plutôt croire la parole des enfants pour qui parler a été une souffrance visible, qui n'ont aucun bénéfice secondaire à dénoncer des faits inexacts, et qui portent en eux des séquelles importantes et invalidantes depuis les faits.

N'oubliez pas non plus que pour tous :

-ils ont  dénoncés des faits qu’ils méprisent : ils sont tous hétérosexuels et adolescents !

-La violence et la souffrance que représentent les auditions de police, les expertises de médecin légiste, de psychologue, les confrontations parfois inutiles qu’a fait subir l'accusé à l'ensemble de ces enfants, et enfin l'audience.

-Aucun n’a spontanément dénoncé les faits.

Ce qu'ils sont en droit d'attendre :

-que chacun soit fermement remis à sa place :

Que Dul sois déclaré coupable et seul coupable de ces faits, et que les enfants soient consacrés en tant que victime et uniquement victime.

Ils sont en droit n'ont pas d'oublier, mais de pouvoir reprendre le cours de leur vie.

Être en mesure de faire preuve de résilience : cette capacité à rebondir et se reconstruire avec ce qui a été subi, en faire une force.

Ce n'est pas mon habitude, mais ma conscience me dicte de vous demander que par votre verdict, vous mettiez ces enfants, mais aussi tous les autres, en sécurité, définitivement.

Ainsi, même si vous n'oublierez jamais Bruno Dul, vous pourrez vous dire que les enfants, eux, ne vous oublierons jamais ».


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